Routes Enlacées

Le blog du recueil de nouvelles de Jean-Marie Dutey

11 février 2008

Le petit chameau

(Extrait) La bagnole, c’est d’abord dans la tête, surtout celle-ci. Notre première voiture neuve. Une généreuse (et inespérée) donation des parents nous était tombée dessus quand nous n’étions encore qu’un petit couple avec un petit enfant et un petit budget. Mon père avait vendu, dans la Loire, une maison dans laquelle personne n’allait jamais plus. Nous avions enfin de quoi acheter une voiture. Notre avenir, immense, s’annonçait potentiellement plein de longues lignes droites rapides et de petites courbes charmantes à négocier au volant. Avant de choisir notre auto, on dévorait des yeux toutes celles qui passaient, en nous disant qu’on pourrait acheter celle-là ou celle-ci, non, pas celle là, trop chère, pas celle là non plus, trop moche. Puis ce fut la compilation des prospectus, la tournée des concessionnaires, les assauts des vendeurs, leur inépuisable baratin. Ce serait une 205 – on la trouvait simple et belle – elle serait diesel, et nous emmènerait jusqu’au bout de la Terre. On pourrait partir en vacances, aller voir qui on voulait sans que ça nous revienne trop cher. Elle serait bleue bien sûr, nous étions dans notre période bleue. (...)

205

« Le petit chameau » a bel et bien existé, mais pas tout à fait comme il apparaît dans la nouvelle. Cette voiture imaginée résulte de deux voitures réelles. Le petit chameau était le nom de baptême d’une voiture de Babar et Mauricette, les parents de Cathy la femme de mon frère Christophe et pour le reste, elle tient beaucoup de la 205 d’Anne, cette voiture avec laquelle elle a dépassé les 300 000 km, dont un copain avait bel et bien customisé l’intérieur, peignant les plastiques de couleurs vives. La « petite » qui baptise les choses et les gens de nom qui deviennent bien à eux, c’est bien sûr ma fille Coline, déjà cité et le « Nono » né dans la voiture est en fait un Nini né sur la banquette du salon, autrement dit Orion, mon troisième enfant. Le gros chèque pour la voiture neuve est réel lui aussi, mais je l’avais émis pour une Kangoo, la seule voiture neuve qu’il m’ait été donné d’acheter en commandant les options, la couleur, tout.

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24 janvier 2008

Le driveur

(Extrait) Sur Maharana, pour son malheur, Arthis était né driveur. Non que ses aptitudes à la conduite se soient révélées supérieures à celles des autres enfants – sur Maharana, tout le monde tenait un volant dès qu’il était en âge de marcher – mais les rêves d’Arthis le conduisaient bien au-delà de ceux de ses pairs car c’est d’abord leurs rêves qui font les driveurs.

Arthis ne connaissait comme relief que le cordon de dunes ocres séparant les deux étendues également désertiques de l’océan bleu d’un côté, et des steppes intérieures de l’autre. Mais au-delà son regard se perdait souvent et chaque nuit ou presque, il rêvait de lieux inconnus, d’endroits où le sol était presque vertical, et les terres si hautes qu’elles se perdaient dans les nuages, si dures, que rien n’y poussait. Ces nuits-là, durant son sommeil, quelque chose lui envoyait de ce lieu inconnu un appel insistant que le réveil ne chassait pas. (…)

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     Tiens ? Rien de directement autobiographique dans « Le driveur » que j’associe pourtant à des souvenirs précis et un peu cuisants. J’avais envoyé cette nouvelle à je ne sais plus quel éditeur ou pour je ne sais plus quel concours. En lieu et place de la traditionnelle lettre de refus, généralement courtoise, j’ai reçu un coup de fil d’un type que mon texte avait passablement énervé, m’expliquant sur un ton péremptoire et agressif que mon histoire d’électricité ne tenait pas et m’invitant à lire « Dune » pour exemple d’une construction littéraire écologiquement cohérente. J’en suis resté sans voix, plongé jusqu’à la noyade dans le doute, puis dans un réflexe de survie, j’ai fait lire ce texte à mon ami Philipe Booz, agrégé de physique et poète. « Il est très bien ton texte. Du point de vue de la physique, peut-être tes personnages gagneraient-il à boire je ne sais quoi qui les prémunisse contre les effets à terme d’une exposition permanence à un champ électrique, et encore…» Je n’ai pas suivi son conseil, ma fainéantise naturelle me poussant à m’arrêter à la première partie de sa phrase.

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17 janvier 2008

Le tueur et l'ours en peluche

(extrait) La nuit fut calme, jusqu’à ce qu’une balle FV en titane traverse le volet vers 23 heures, brise une vitre et se perde dans le plancher sans causer d’autre dégât. Dans la journée, Mc Kerry avait poussé son lit dans une zone de la pièce qui n’était pas à portée d’un tir extérieur. Une seule balle. Celle-ci avait laissé Mc Kerry réveillé, pas même en sursaut, juste en pleine possession de ses moyens.

Il y a bien longtemps qu’il ne dormait que d’un œil, une partie de lui semblant toujours sur le qui-vive. Cette même partie qui avait l’après-midi même évalué au sous-sol la valeur défensive des ouvertures et des espaces, qui lisait clairement le message envoyé par le projectile : « Je t’ai retrouvé. » Mc Kerry s’habilla. L’autre tirerait peut-être une balle de temps en temps, histoire de garder son gibier sous pression. Il s’attendrait à ce que Mc Kerry se terre dans quelque recoin de son gîte et patienterait, jusqu'à ce que l’incertitude et le doute puis la panique fassent leur œuvre. Puis il s’approcherait du chalet, où il entrerait peut-être. (...)

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Peu d’éléments biographiques dans « Le tueur et l’ours en peluche » à part la magie de Noël bien sûr, mais aucun d’entre eux ne se détachant précisément dans mon souvenir. Contrairement au personnage principal de cette nouvelle, il ne me semble pas avoir reçu d’ours en peluche en cadeau, ni séjourné dans un chalet. Finalement, la seule chose de vraie dans cette nouvelle, c’est peut-être le Père Noël.

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10 janvier 2008

Qu'est ce qu'il y a de vrai dans tout ça ?

Peut-être voudriez vous savoir ce qu’il y a de vrai dans tout ça ? Autrement dit, peut-être cela vous intéresserait-il d’avoir des éléments de réponse à l’éternelle question de savoir ce que l’auteur à mis de lui dans ses textes ?

Pour « La 71 » la première nouvelle du recueil, il existe bien un village du nom de Vergisson, près de Mâcon, niché au pied d’une très belle falaise de calcaire ocre, jumelle géologique de sa voisine, la roche de Solutré. Cet endroit, un des plus beau que je connaisse, était avec les enfants notre destination de prédilection pour nous promener, escalader et pour nos parties de cache-cache dans les buis. De là haut, on a une vue plongeante et magnifique sur les alentours. Un peu à l’écart du village, vers l’Ouest, il y a bien une maison isolée dans laquelle j’ai imaginé que les deux protagonistes de cette nouvelle pouvaient se retrouver. On cherchera en vain ce village sur la carte Michelin 71 : celle-ci couvre la région de La Rochelle, Royan, Bordeaux. Vergisson est sis sur la Michelin N°69. Malgré cette apparente erreur de nomenclature, je n’ai jamais voulu titrer cette nouvelle autrement que « La 71 ». Sans doute parce que Vergisson est en Saône et Loire (71) et peut-être parce que 69 anticipait trop sur la fin de la nouvelle. Va savoir…

En écrivant cette nouvelle, je me souviens avoir eu fortement présente à l’esprit cette jolie couverture de Tibor Csernus du recueil « Destination univers » d’A. E. van Vogt, dans l’ancienne édition « J’ai lu » sur laquelle un personnage est couvert de taches colorées, en illustration de la nouvelle « Un pot de peinture ». Présente dans ce recueil également, la nouvelle « Le monstre » une des meilleures qu’il m’ait été donné de lire, de celles qui vous donnent envie d’écrire et vous font douter de jamais y arriver. Merci maître.

À suivre...

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