24 janvier 2008
Le driveur
(Extrait) Sur Maharana, pour son malheur, Arthis était né driveur. Non que ses aptitudes à la conduite se soient révélées supérieures à celles des autres enfants – sur Maharana, tout le monde tenait un volant dès qu’il était en âge de marcher – mais les rêves d’Arthis le conduisaient bien au-delà de ceux de ses pairs car c’est d’abord leurs rêves qui font les driveurs.
Arthis ne connaissait comme relief que le cordon de dunes ocres séparant les deux étendues également désertiques de l’océan bleu d’un côté, et des steppes intérieures de l’autre. Mais au-delà son regard se perdait souvent et chaque nuit ou presque, il rêvait de lieux inconnus, d’endroits où le sol était presque vertical, et les terres si hautes qu’elles se perdaient dans les nuages, si dures, que rien n’y poussait. Ces nuits-là, durant son sommeil, quelque chose lui envoyait de ce lieu inconnu un appel insistant que le réveil ne chassait pas. (…)
Tiens ? Rien de directement autobiographique dans « Le driveur » que j’associe pourtant à des souvenirs précis et un peu cuisants. J’avais envoyé cette nouvelle à je ne sais plus quel éditeur ou pour je ne sais plus quel concours. En lieu et place de la traditionnelle lettre de refus, généralement courtoise, j’ai reçu un coup de fil d’un type que mon texte avait passablement énervé, m’expliquant sur un ton péremptoire et agressif que mon histoire d’électricité ne tenait pas et m’invitant à lire « Dune » pour exemple d’une construction littéraire écologiquement cohérente. J’en suis resté sans voix, plongé jusqu’à la noyade dans le doute, puis dans un réflexe de survie, j’ai fait lire ce texte à mon ami Philipe Booz, agrégé de physique et poète. « Il est très bien ton texte. Du point de vue de la physique, peut-être tes personnages gagneraient-il à boire je ne sais quoi qui les prémunisse contre les effets à terme d’une exposition permanence à un champ électrique, et encore…» Je n’ai pas suivi son conseil, ma fainéantise naturelle me poussant à m’arrêter à la première partie de sa phrase.
19 janvier 2008
Le Général des poids lourds
(Extrait) Puis le transporteur pour lequel on bossait a fini par être racheté par un groupe international. Le patron partait à la retraite, remplacé par un jeune trou du cul. C’était peut-être une nouvelle chance, on avait promis des bahuts neufs aux gars qui restaient. Et là, on a fait comprendre au Général que lui et son camion faisaient désordre dans le nouveau décor. La maintenance de la nouvelle flotte était désormais centralisée et sous-traitée. On a offert le volant d’un camion neuf au Général. Il savait qu’on espérait qu’il refuse et c’est ce qu’il a fait. Il lui restait juste ses deux mois de préavis à boucler. Je voudrais me rappeler exactement la dernière fois que je l’ai vu, trouver dans mes souvenirs le moment exact où le Général a eu le déclic, mais j’ai beau chercher, je ne trouve pas. La veille il était là, et le lendemain, on apprenait qu’il était parti avec son Berliet pour une destination inconnue. (...)

Seules les références aux aquariums ont quelque chose à voir avec ma vraie vie dans « Le Général des poids lourds ». J’ai deux aquariums. Si je m’écoutais et si j’avais de la place, j’aurais beaucoup plus d’aquariums. Je ne conçois pas la vie, ni un appartement, ni un livre sans aquarium. J’aime les aquariums. Les poissons aussi, bien sûr, mais surtout les aquariums.
18 janvier 2008
Salon du Livre Paris 2008
Dans le cadre du Salon du livre de Paris 2008, l'Agence Régional du Livre de Haute Normandie dispose d'un stand. Au contraire des autres régions françaises, la Haute Normandie partage cet espace avec la Basse Normandie. Evidement, ce partage entraîne la diminution de l'espace disponible pour chaque région, il en résulte une sélection des intervenants présents sur le stand.
Cette année, 10 éditeurs Hauts Normands et 10 éditeurs Bas Normands uniquement et répondant à des critères précis, disposeront d'un stand. Ces 20 éditeurs ne sont pas des éditeurs débutants, mais des maisons qui ont confirmés leur viabilité et leur disponibilité pour ces quelques jours. Les années précédentes ont prouvés les limites d'un système trop libre.
Ensuite, 5 éditeurs Hauts Normands et 5 éditeurs Bas Normands disposeront d'un espace sur la Table des Libraires. Ces 20 éditeurs sont sélectionnées par des critères simples : début d'activité récente, potentiel de la maison, catalogue disponible et surtout : n'avoir jamais été présent au salon du livre de Paris.
Et la bonne nouvelle est parvenue aujourd'hui, Les Editions La Madolière et Routes Enlacées seront présentes sur la table des libraires.
Nous espérons vous-y voir nombreux. Attention, cela ne veut pas dire que Jean-Marie Dutey sera présent pour dédicaces, pour le moment cet aspect est encore en négociation avec l'ARL de Haute Normandie, et évidement, nous vous tiendrons au courant.
La Madolière
17 janvier 2008
Le tueur et l'ours en peluche
(extrait) La nuit fut calme, jusqu’à ce qu’une balle FV en titane traverse le volet vers 23 heures, brise une vitre et se perde dans le plancher sans causer d’autre dégât. Dans la journée, Mc Kerry avait poussé son lit dans une zone de la pièce qui n’était pas à portée d’un tir extérieur. Une seule balle. Celle-ci avait laissé Mc Kerry réveillé, pas même en sursaut, juste en pleine possession de ses moyens.
Il y a bien longtemps qu’il ne dormait que d’un œil, une partie de lui semblant toujours sur le qui-vive. Cette même partie qui avait l’après-midi même évalué au sous-sol la valeur défensive des ouvertures et des espaces, qui lisait clairement le message envoyé par le projectile : « Je t’ai retrouvé. » Mc Kerry s’habilla. L’autre tirerait peut-être une balle de temps en temps, histoire de garder son gibier sous pression. Il s’attendrait à ce que Mc Kerry se terre dans quelque recoin de son gîte et patienterait, jusqu'à ce que l’incertitude et le doute puis la panique fassent leur œuvre. Puis il s’approcherait du chalet, où il entrerait peut-être. (...)
Peu d’éléments biographiques dans « Le tueur et l’ours en peluche » à part la magie de Noël bien sûr, mais aucun d’entre eux ne se détachant précisément dans mon souvenir. Contrairement au personnage principal de cette nouvelle, il ne me semble pas avoir reçu d’ours en peluche en cadeau, ni séjourné dans un chalet. Finalement, la seule chose de vraie dans cette nouvelle, c’est peut-être le Père Noël.
11 janvier 2008
La couverture du livre
Première et quatrième de couverture
Le site de l'éditeur : http://www.editions-la-madoliere.com/index.html
Encore une image

10 janvier 2008
Bétisier
J'ai réussi à offrir à Noël deux exemplaires de Routes enlacées à la même personne... La honte !
Dans la dédicace du recueil offert à Babar et Mauricette, je leur ai tout particulièrement dédié la nouvelle N°13, que je pensais être "Le petit chameau", parce l'idée venait d'eux. C'est comme ça qu'ils avait surnommé une de leur voiture. Sauf que la treizième nouvelle, c'est "Le général des poids-lourds. En comptant trop rapidement dans l'index en tête de volume, j'ai compté la préface avec !
Tiens, une bétise qui n'en est pas vraiment une, et qui ne m'est pas imputable. Dieu sait que j'ai essayé de l'éviter celle là ! La nouvelle "Auto-stop" se clos sur le décès du personnage principal. Je voulais que la ponctuation rende compte du changement d'état de son électroencéphalogramme. L'avant dernière ligne se conclut par un point de suspension, dont les trois points figuraient pour moi quelque chose comme le tracé irrégulier d'un électroencéphalogramme "actif", et je voulais que la dernière ligne commence par trois tiret liés, ces tirets ayant remplacé les trois points. À l'arrivée, cette intention s'est traduite par une ligne continue assez longue, beaucoup plus longue de trois tirets accolés. Bah, c'est comme ça.
Les deux premiers projets de couverture qu'on m'a proposés étaient titrés "Routes enTRElacées".
Un peu plus d'un mois après la sortie du livre, mon éditrice était toute contente d'en avoir déjà vendu 80. Oui, mais sur ces 80, perso, j'en ai acheté 40.
En guise de bio
Ensuite pour ta bio, tu mets ton âge, me demande mon éditrice. Tiens, j’aurais plutôt mis ma date de naissance, parce que quarante-huit ans, ce sera un mensonge le six juin prochain.
Tu mets ton travail, ajoute-t-elle inconsidérément, comme si non content d’apporter du travail à la maison, - ce que je ne fais jamais - j’avais décidé de vous en faire profiter. Mon travail non, ma profession, pourquoi pas ? Je suis éducateur à la Protection Judiciaire de la Jeunesse depuis… Houlà ! Vingt huit ans. Professionnellement, à part deux petits boulots - décharger des camions et cueillir des cerises - éducateur est mon premier et mon seul travail rémunéré. L’écriture ? Travail rémunéré ? Tu plaisantes ?
Tes passions, propose-t-elle ensuite et je vais la décevoir car je ne me connais aucune passion. Des trucs qui m’intéresse, oui, plein, mais si la passion c’est quelque chose pour laquelle on laisse tout tomber, au moins un moment, non. J’aime Anne mon amour, j’aime Béryl, Christian, Coline, Aurore et Orion nos enfants. J’aime mes deux frères Pierre et Christophe. J’aime Quentin et Olivier mes neveux, Diane ma nièce, Simone et Guy mes parents. J’aime aussi Sylvain mon filleul et Zabette sa mère, mon amie du Nord. J’aime Isis et Pixel, nos deux chats. J’aime mes plantes (j’ai de très belles plantes). J’aime me promener. J’aime voir le soleil se lever. J’aime le Beaujolais où j’habite, mais j’aimais aussi beaucoup le Mâconnais où j’habitais. J’aime lire, ça oui. Tiens, c’est peut-être la seule chose pour laquelle je laisse tomber tout le reste. J’aime donc passionnément lire. Et quand tout le reste tourne à peu près, j’aime écrire, mais je ne laisse pas tout tomber pour écrire. C’est d’ailleurs exactement le contraire : j’ai plutôt tendance à saisir n’importe quel prétexte pour ne pas écrire. Mais comme je suis plutôt obéissant et que Pénélope m’a demandé ma bio, j’écris ma bio, mais je sais déjà très bien que je vais tout planter là pour ce soir parce qu’on est jeudi et qu’il y a NCIS à la télé.
Tu parles par exemple des salons que tu animes sur le net, me suggère ensuite un peu à la légère mon éditrice, qui ne doute de rien puisqu’elle m’a demandé par ailleurs de résumer les dix-huit nouvelles de Routes Enlacées en « quelques lignes ». Comment parler de l’écriture en ligne, cette expérience de plus de quatre ans, en quelques phrases ? Peut-être commencer par dire que pour moi, l’écriture n’est pas une expérience solitaire mais bien une aventure partagée. Que ce soit pour réaliser des poèmes visuels avec mon frère dans les années soixante-dix, ou pour la grande aventure des écrits de source électronique avec Philippe Bootz (et les autres membres de LAIRE) dans les années quatre-vingt, ou encore avec Jane Sautière pour écrire notre polar Zones d’ombre en quatre-vingt-dix-huit, ou enfin pour écrire avec d’autres internautes le recueil « Préf@ces » puis « Photomaton » que nous avons édité en décembre dernier, écrire, c’est pour moi écrire avec d’autres. Pour ça, le net offre pas mal d’opportunités de rencontre, de partage et il se trouve que les groupes MSN offrent en plus, la possibilité technique d’écrire à plusieurs sur la même page écran. C’est donc depuis quatre ans le lieu principal de mon activité littéraire. C’est d’ailleurs sur le Net que Pénélope m’a lu puis qu’elle ma demandé si je ne voulais pas éditer Routes Enlacées chez elle. J’en profite pour la rassurer sur un point : les nouvelles de Routes Enlacées ont toutes été écrites par moi. C’était bien un projet collectif au départ mais un jour je me suis retourné et il n’y avait plus personne derrière.
Tu parles de toi, ajoute-t-elle, comme si j’avais fait autre chose jusque là, mais c’est vrai qu’elle ne m’a pas encore lu.
Pourquoi tu écris, insiste-t-elle, alors que je la soupçonne de savoir pertinemment que les auteurs ont horreur de cette question. J’écris comme les arbres poussent. Parce que c’est une nécessité vitale à laquelle ils ne peuvent se soustraire.
Des images de l'auteur

Qu'est ce qu'il y a de vrai dans tout ça ?
Peut-être voudriez vous savoir ce qu’il y a de vrai dans tout ça ? Autrement dit, peut-être cela vous intéresserait-il d’avoir des éléments de réponse à l’éternelle question de savoir ce que l’auteur à mis de lui dans ses textes ?
Pour « La 71 » la première nouvelle du recueil, il existe bien un village du nom de Vergisson, près de Mâcon, niché au pied d’une très belle falaise de calcaire ocre, jumelle géologique de sa voisine, la roche de Solutré. Cet endroit, un des plus beau que je connaisse, était avec les enfants notre destination de prédilection pour nous promener, escalader et pour nos parties de cache-cache dans les buis. De là haut, on a une vue plongeante et magnifique sur les alentours. Un peu à l’écart du village, vers l’Ouest, il y a bien une maison isolée dans laquelle j’ai imaginé que les deux protagonistes de cette nouvelle pouvaient se retrouver. On cherchera en vain ce village sur la carte Michelin 71 : celle-ci couvre la région de La Rochelle, Royan, Bordeaux. Vergisson est sis sur la Michelin N°69. Malgré cette apparente erreur de nomenclature, je n’ai jamais voulu titrer cette nouvelle autrement que « La 71 ». Sans doute parce que Vergisson est en Saône et Loire (71) et peut-être parce que 69 anticipait trop sur la fin de la nouvelle. Va savoir…
En écrivant cette nouvelle, je me souviens avoir eu fortement présente à l’esprit cette jolie couverture de Tibor Csernus du recueil « Destination univers » d’A. E. van Vogt, dans l’ancienne édition « J’ai lu » sur laquelle un personnage est couvert de taches colorées, en illustration de la nouvelle « Un pot de peinture ». Présente dans ce recueil également, la nouvelle « Le monstre » une des meilleures qu’il m’ait été donné de lire, de celles qui vous donnent envie d’écrire et vous font douter de jamais y arriver. Merci maître.
À suivre...




